Le 31 mars 2021, réunis en assemblée générale extraordinaire, les adhérents de la Fédération de la formation professionnelle ont adopté un changement de nom. La FFP est officiellement devenue Les Acteurs de la Compétence. Vous avez croisé leur nouveau logo en bas d’une convention de stage ou sur la home d’un organisme de formation sans mesurer ce qui se jouait. Derrière le lifting sémantique, c’est une refonte complète du périmètre syndical et une mainmise renforcée sur la branche qui se sont actées ce jour-là.

Comprendre qui se cache derrière cette fédération patronale n’est pas une coquetterie d’expert de la GPEC. Pour un DRH ou un responsable formation qui pioche dans un catalogue de prestataires, savoir comment le syndicat patronal majoritaire oriente les accords de branche et ce qu’il pèse dans le dialogue avec les OPCO, c’est une donnée d’achat aussi concrète qu’un taux de satisfaction sorti d’une enquête Qualiopi.

Une création à la même époque que la formation professionnelle continue

  1. Les partenaires sociaux instituent la branche des organismes de formation, seize ans après la loi de 1971 qui a structuré le marché de la formation continue. La Fédération de la formation professionnelle naît dans ce mouvement, bras patronal des entreprises privées qui vendent de la prestation pédagogique. Pendant trente ans, elle fait le travail d’un syndicat sectoriel à l’ancienne: négociation de la convention collective de branche (IDCC 1517), commissions paritaires, lobbying sur les certifications et les modalités de prise en charge.

Ce que change vraiment le virage de 2019-2021

Tout bascule à partir de 2019. Les statuts sont modifiés pour permettre l’adhésion non plus seulement aux organismes de formation stricto sensu, mais à tous les « acteurs privés concourant au développement des compétences ».

Un afflux d’adhésions dopé par le conseil et le digital

Ce changement statutaire ouvre les portes aux cabinets de conseil RH, aux plateformes de formation en ligne, aux coachs professionnels, aux éditeurs de solutions d’évaluation. Tout ce qui se revendique de près ou de loin de l’accompagnement professionnel peut désormais frapper à la porte. L’objectif est assumé: gonfler les rangs pour peser davantage face aux pouvoirs publics et aux OPCO.

Le calcul relève de la mécanique syndicale de base. L’audience patronale d’une organisation se mesure au nombre d’entreprises qui y adhèrent, et cette audience commande la place à la table de négociation. Chaque coach indépendant, chaque éditeur de plateforme qui signe son bulletin d’adhésion alourdit le décompte au moment où se discutent les accords de branche et les orientations de prise en charge avec les OPCO. Le formateur en bureautique de trois salariés compte autant qu’un groupe de conseil dans le total des adhérents. Pas dans la hiérarchie des priorités défendues.

Le résultat ne se fait pas attendre. En 2020, la fédération franchit la barre des 1000 adhérents. Une croissance portée par la numérisation de l’offre de formation accélérée par la crise sanitaire, et par le besoin de labellisation implicite des nouveaux entrants. Parmi les adhérents, on trouve des mastodontes comme l’AFPA, des réseaux spécialisés comme le Centre national de formation professionnelle, mais aussi des cabinets de taille intermédiaire qui veulent donner des gages à leurs prospects.

La parité, objectif à cinq ans

La secrétaire générale de la fédération s’est vu confier une mission: mobiliser les femmes adhérentes, qui ne représentent que 30 % des membres. Des séances d’échange internes doivent tendre vers la parité d’ici quatre à cinq ans. Pour une maison qui place le mot « compétences » au cœur de sa marque, on notera que la gestion prévisionnelle des emplois s’applique aussi à soi-même.

Un poids politique que les DRH sous-estiment

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Mille adhérents, des statuts élargis, une appellation nouvelle. À quoi sert concrètement cette machine syndicale quand on n’en est pas membre?

La branche comme levier de négociation

La fédération est l’interlocutrice patronale unique pour la branche des organismes de formation. C’est elle qui siège en commission paritaire permanente de négociation et d’interprétation. Autrement dit, les grilles de salaires minima de branche, les dispositions sur le temps partiel, les classifications d’emploi qui s’appliquent aux salariés des milliers d’organismes de formation français se décident autour d’une table où les Acteurs de la Compétence pèsent de tout leur poids.

Pour le DRH d’une entreprise cliente, cela peut paraître lointain. Sauf quand un organisme de formation renâcle sur une facture en évoquant un surcoût salarial décidé en CPPNI, ou quand les conditions générales de vente d’un prestataire calent sur les usages de branche. La fédération n’agit pas directement sur votre compte de formation professionnelle, mais elle influence la rentabilité de ceux qui vous vendent leurs stages.

L’ombre de Syntec

Les Acteurs de la Compétence ne cachent pas leur rattachement à Syntec, la puissante fédération des métiers du numérique, de l’ingénierie et du conseil. Ce lien organique éclaire une partie des adhésions récentes: les prestataires qui vendent du conseil en transformation digitale ou des solutions de blended learning viennent du vivier Syntec. La porosité interroge les petits organismes indépendants. La voix du formateur de proximité, celui qui fait de la remise à niveau en bureautique avec dix stagiaires par an dans une zone rurale, a-t-elle autant de poids que celle d’un éditeur de plateforme LMS?

« Acteurs de la Compétence »: le mot n’est pas un artifice marketing

Passer de « formation professionnelle » à « compétence » n’a rien d’innocent. La formation renvoie à un acte de travail: un stage, des heures, un programme. La compétence renvoie à une notion floue, éminemment politique, entrée dans le code du travail avec la loi de 2018.

Le mot étend surtout le champ des adhérents potentiels. Un cabinet qui fait passer des assessment centers, un outil de cartographie des soft skills ne vendent pas de la formation, ils vendent de la compétence. La fédération ratisse large sans avoir à retoucher ses statuts une deuxième fois.

Pour l’acheteur public ou le responsable formation, le glissement comporte un piège. Un prestataire qui se prévaut de l’appartenance aux Acteurs de la Compétence n’est plus automatiquement un organisme de formation. Il peut ne faire que du diagnostic ou de l’accompagnement, et échapper aux obligations qui pèsent sur les organismes certifiés Qualiopi dispensant des actions de formation. Vérifier le numéro de déclaration d’activité reste le meilleur réflexe avant de signer une commande.

Le logo des Acteurs de la Compétence ne vaut pas un audit pédagogique

Il atteste d’une chose: le prestataire cotise à un syndicat patronal actif, donc il suit la veille juridique et les accords de branche. La fédération ne délivre aucune certification, ne contrôle pas la qualité des formations dispensées et ne garantit rien sur les taux de réussite aux examens. Un petit organisme non adhérent peut proposer une formation mieux construite qu’une grosse structure fédérée: le marché de la formation de secrétaire médicale avec le CPF suffit à le montrer, avec ou sans affiliation syndicale. Indice de respectabilité administrative, pas de performance pédagogique.

Questions fréquentes

Qui peut adhérer aux Acteurs de la Compétence?

Toute structure privée qui concourt au développement des compétences: organisme de formation, cabinet de conseil RH, plateforme digitale, coach certifié. Les statuts révisés en 2019 ont élargi la base au-delà de la formation traditionnelle.

Les Acteurs de la Compétence pèsent-ils sur le CPF?

La fédération n’a pas de pouvoir direct sur les droits des titulaires de CPF. En revanche, elle influe sur les conditions de certification des formations éligibles, et ses membres sont des offreurs majeurs de formations mobilisant le CPF.

Comment vérifier si un organisme est réellement adhérent?

Le site de la fédération publie un annuaire. Demander le numéro d’adhérent ou vérifier la présence du logo sur les documents officiels constitue une première vérification. En cas de doute, un appel à la fédération lève l’ambiguïté.

Une adhésion garantit-elle le respect de la convention collective de branche?

L’adhésion à un syndicat patronal n’exonère pas un employeur de ses obligations légales. Mais un adhérent est réputé connaître et appliquer les dispositions de la convention collective des organismes de formation. Un non-adhérent peut tout autant les appliquer sans être membre.

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